Tout
enfant devrait naturellement grandir au sein d’une famille à
priori aimante et respectueuse de lui en tant que sujet en devenir.
Voici du moins ce qui devrait avoir lieu à mon sens. En
grandissant, il utilise ses sens, ses perceptions, son
raisonnement afin d'extraire du monde qui l'environne des
invariants, des règles de fonctionnement afin de mieux se
l’approprier, et de pouvoir agir sur lui en retour comme le ferait
tout sujet.
Sa
curiosité naturelle le pousse à explorer, il apprend pas à
pas de nombreuses choses et s’accommode en principe très bien de
ne pas tout savoir, de ne pas tout expliquer. Il apprend aussi de
nombreuses choses sur les relations humaines, sur le fonctionnement
de sa famille, des siens. Tout cela progresse, à un rythme qui lui
est propre. Il va se questionner plus tard normalement et sans tabou
sur des questions telles que l’origine du monde, la sexualité, la
mort, l’existence, avec les moyens acquis jusque-là. Naturellement
il s’en ouvre à ses parents, et c’est là que, trop souvent
malheureusement, ces derniers lui assènent des explications
religieuses toutes faites, magiques, séduisantes parfois,
irréalistes toujours, faussement rassurantes, dont dans le meilleur
des cas il se rend compte qu’elles sont fausses, partiales,
truffées d’incohérences, trop définitives pour laisser place à
un quelconque doute. Il s’agit-là d’une insulte grave faite à
son intelligence, d’une violence mentale au sens large.
Il
va s’ensuivre chez lui une crise mentale, un clash très violent
entre ses représentations, ses visions issues de ses expériences
et celles qui lui sont littéralement imposées par le dehors. Cette
crise cognitive si l’on peut dire, va dans le meilleur et le plus
salutaire des cas entraîner une crise affective et relationnelle
avec les parents. Le hic majeur est que trop souvent, tant pour
résoudre ce stress majeur que pour s’épargner des conflits avec
les siens, il fera malheureusement ce que fait la majorité des
enfants : épouser ces thèses religieuses, avaler leur foi dans
le but de maintenir ses liens avec eux, en portant un crédit à
leurs thèses qui sont placées désormais en dehors de tout sens
critique. Il résout désormais son conflit de façon simple :
il croit en ses parents et au discours tenu par l’église, les
églises. Exit le sujet. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que
ce lavage de cerveau est progressif, il accompagne l’enfant dans
son développement, ce qui annihile en lui tout sens critique et le
condamne à s’approprier un prêt à penser, ou plutôt : un
prêt à non-penser, qui tue dans l’œuf toute velléité
d’indépendance d’esprit. Devenu adulte, il subsiste en lui comme
une niche mentale pétrie de croyances infantiles qui subsistent au
sein d’un cerveau certes capable d’avoir une attitude réaliste
au quotidien et disposant d’une intelligence normale. En bref un
clivage mental s’opère, qui explique pourquoi des gens à
priori intelligents et recommandables sont capables de tenir des
discours religieux totalement déconnectés du réel (par exemple le
monde créé en 7 jours, dieu sait en tout temps ce que tu fais ou
penses, les 70 vierges après la mort etc.) Pourquoi l’enfant
va-t-il épouser les thèses religieuses de son entourage ? Pour
faire comme « tout le monde », pour se sentir faire
partie de sa famille et, plus que tout, pour ne pas risquer de se
voir retirer l’amour de ses parents. Au nom de cela il acceptera
presque tout. L’abus est là : les parents prennent leur
enfant en otage dans sa peur la plus fondamentale : il doit
adhérer s’il veut continuer à être aimé. Plus fort encore :
les parents n’auront jamais à expliciter la menace angoissante à
leur enfant, car celui-ci aura tout compris par lui-même. Procédé
pervers s’il en est.
L’enfant
a le droit de ne pas tout savoir, comme la science qui progresse à
petits pas, il a le droit de ne pas se voir imposer des explications
toutes faites et mal faites qui vont pervertir son intelligence, le
détourner du réel. Il a le droit de réfléchir, de découvrir. Par
contre, si un individu devenu adulte éprouve le besoin de se
raconter des histoires pour se rassurer, c’est son droit. Mais
n’abusons pas de l’enfance.
La
religion, les religions constituent un véritable cancer mental qui
abrutissent l’humain, génèrent des réflexes communautaristes
sources de conflit, exacerbent les tensions, nourrissent
l’intolérance aux différences, provoquent des guerres.
Dans
ces conditions, pourquoi ne pas essayer la libre pensée ?
Patrick
Goette
Libre
penseur, athée, psychologue et psychothérapeute

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