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DES
RELIGIONS LIBERTICIDES ( article tiré du journal Le Courrier du
mardi 11 avril 2017 )
Comme
tout caractère culturel, une religion doit se transmettre, faute de
quoi elle disparaît par sélection naturelle. Elle est ainsi
condamnée à un prosélytisme minimal, pour maintenir son stock de
paroissiens, ou maximal si elle prétend se répandre et vise
l’universel. Le minimum consiste à assurer la reproduction en
s’attaquant aux plus vulnérables: les enfants, dans le cadre
familial, où on les endoctrine, souvent par un conditionnement
«skinnerien» (par récompense-punition). Au delà, on élargit le
cercle des paroissiens à une communauté, des villages, des régions,
des villes, des pays, par des prises de pouvoir politiques et
économiques.
Les
religions prosélytes s’attaquent aux faibles: analphabètes,
miséreux, handicapés mentaux, colonisés et opprimés divers; tous
sensibles à ce que, pour une fois, on s’intéresse à eux. Puis
reconnaissants, prêts à croire n’importe quoi, pour un peu d’aide
ou un peu d’amour. Prêts à se faire racketter par ceux qui les
manipulent et embarqués, pour se sentir reconnus, dans des systèmes
totalitaires de croyances incohérentes. Au nom de prétendues
libertés de religion ou de culte, les Etats-Unis autorisent une
multitude de sectes qui imposent une vie sociale stéréotypée et
une soumission aveugle aux prêtres, pendant qu’un racket financier
ponctionne les paroissiens vulnérables. Parler de «liberté»,
quand on impose un système arbitraire de croyances non vérifiables
et sa transmission obligatoire dans les familles, relève de
l’escroquerie. La seule liberté religieuse est celle qui consiste
à choisir soi-même, sans pressions ni contraintes, ce que l’on
croit ou ne croit pas. A fabriquer sa propre religion et à en
changer quand on en a envie. Ce qui suppose que le citoyen libre soit
protégé des sectes et des religions qui imposent des systèmes et
condamnent, parfois à mort et toujours à exclusion sociale, les
«apostats»!
Mais,
quand des gouvernements européens ont pris des mesures timides
contre les pratiques illégales de sectes étasuniennes racketteuses,
l’autre côté de l’Atlantique a hurlé contre les atteintes à
la «liberté de culte». Le problème, pour limiter les abus des
sectes, c’est qu’il n’y a aucune limite entre les sectes
mafieuses envahissantes et les grandes religions traditionnelles.
Celles-ci se sont développées, en des temps oubliés, par des
méthodes semblables ou pires, qu’elles perpétuent souvent et
qu’elles n’adoucissent que quand, ayant perdu le pouvoir
politique, elles font semblant d’admettre des principes qui leur
sont aussi étrangers que les droits humains, les libertés
individuelles, la démocratie ou la science qui ridiculise leurs
dogmes. Après des siècles de luttes, les scientifiques européens
ont réussi à faire connaître l’état de la nature et son
histoire vérifiable contre les récits mythiques des religions
révélées.
Mais la diffusion de cette science, qui devrait pouvoir mettre les
humains d’accord sur l’essentiel, est interdite dans les
théocraties et échoue dans beaucoup d’autres pays, qu’il
s’agisse des Etats-Unis actuels, de la plupart des pays musulmans
ou de pays du Sud gangrenés, comme le Brésil ou le Congo, par des
sectes chrétiennes étasuniennes. La méthode Trump des «vérités
alternatives» a au moins le mérite de mettre un nom sur un
phénomène qui a commencé avec les premiers prophètes. Quand une
religion s’assoit sur un récit fondateur qui prétend à la vérité
sacrée et non discutable, il s’agit, de toute évidence, d’une
«vérité alternative», puisque n’importe quelle autre religion
en a une différente.
La
«liberté de religion» conduit donc à un schmilblick de vérités
alternatives contradictoires qui n’a que deux issues possibles.
Soit la victoire, par les armes et la propagande, de l’une d’entre
elles: c’est l’Arabie saoudite ou la Corée du nord. Soit
l’abandon de la recherche de vérités absolues, au profit de la
reconnaissance d’un état provisoire, réfutable et évolutif des
connaissances. C’est ce que proposent, bien modestement, les
sciences… *
*Dédé-la-Science
, chroniqueur énervant.
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