Élections européennes : aberrations
en série.
A priori je serais tenté
de penser que l'Europe, ou plutôt, : la construction
européenne, devrait être l'affaire exclusive de gens, de États
souhaitant oeuvrer dans ce sens de construction exclusivement. Dès lors, pourquoi
y laisser convier des mouvements politiques, voire des
États, qui n'en souhaitent pas ?
Les derniers élections
ont montré une nette émergence des extrêmistes de droite et autres
fachos des diverses nations, s'ingéniant à conchier à qui mieux
mieux l'Europe, et s'interpellant entre eux à cette occasion en or
dans le but de constituer une sorte d'amicale ou plutôt de pacte
d'acier transnational à la fois inquiétant et grotesque.
Pourquoi leur donner une telle tribune ? Pourquoi leur mettre le pied
à l'étrier et les inviter à venir mettre des bâtons dans les
roues de ceux qui veulent essayer de faire progresser les choses ?
Pourquoi ne pas les renvoyer chez eux afin qu ils convainquent leur
gouvernement respectif de ne plus adhérer à l'Europe, si telle
est leur volonté et celle de leur pays ? Qu ils revotent, au
besoin, le principe de leur adhésion et si la majorité veut
quand même de l'Europe, alors qu ils soient invités à la table,
mais qu'on n 'y invite pas les partis, mouvements et autres bidules
fascistoïdes pétris d'ignorance sur ce qui est différent, et
promouvant dès lors la peur et puis la haine. Autrement formulé :
qu'est ce que les membres de l' ukip ou du FN vont-ils pouvoir
amener à la cause européenne ? Rien !
L'autre jour j'entendais
sur YouTube un député prétendument européen dire dans
l'enceinte parlementaire européenne qu un jour viendraient des gens
pour demander des comptes à l'Europe et qui, devant les
malversations des instances européennes, ramèneraient les
coupables au pays pour les pendre haut et court... Ces propos
relevaient plus d'un délire historique-psychiatrique appelant à
une médication roborative que de propos méritant une écoute
attentive de la part de gens raisonnables. Et si de tels personnages
sont convaincus de ces malversations, qu ils utilisent leurs
compétences discursives pour convaincre leur pays et leur
concitoyens de sortir de cette impasse, d'abord pour ne pas se en
faire les complices, ensuite pour sauver leur pays !
Pour prendre un exemple,
c'est comme si une association comme Greenpeace invitait à chacune
de ses séances des membres de l'association en faveur de la corrida
ou de la chasse à la baleine. Dans un tel cas la divergence d
intérêt est telle que vouloir produire un discours commun
satisfaisant les deux parties simultanément est illusoire. Donc
peine perdue.
Bien sûr on m'alléguera
que dans toute démocratie toutes les voix sont bonnes et par
conséquent légitimes à entendre. Y compris celles qui attaquent
de front cette même démocratie. Vraiment ? Pourquoi donner des
armes en les vernissant d'une légitimité démocratique à des
mouvements qui précisément ne se plient au jeu démocratique qu en
apparence, le temps de grossir leurs rangs ?
L'histoire nous a montré
que la réciproque est fausse : à chaque fois qu une dictature ou
une autocratie a pris le pouvoir, elle s'est ensuite rapidement
employée à écarter voire à bannir tous les partis
démocratiques.
J'avoue à ce stade ne
pas avoir de réponse claire à apporter à ce dilemme, ni les
États démocratiques qui nous entourent d ailleurs. Inviter ces
mouvements à la table, comme tous les autres, puis ensuite
seulement se battre avec eux au sujet des plats ? Pourquoi
simplement ne pas leur envoyer de cartons d' invitation ? Car quels
sont les projets durables et consensuels qui pourraient sortir des
affrontements inévitables qui s'ensuivraient ?
Si un état a consulté
son peuple et que celui-ci s'est majoritairement prononcé en faveur
d' une adhésion à la construction européenne, qu il envoie des
représentants prêts à oeuvrer dans ce sens. Quant aux autres, qu
ils emploient leur énergie plus localement, à retourner l'opinion
publique de leur pays. Il me semble.
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